Éditions Fradet

 

 


Reims 1000-1600
Six siècles d'événements


Daniel Pellus


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Deux siècles d'événements

Daniel Pellus


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Reims 1900-2000
Un siècle d'événements

Daniel Pellus




Reims 1000-2000 :
dix siècles d'événements




1429 : la marche triomphale de Jeanne d'Arc d'Orléans à Reims

par Daniel Pellus

    L‘extraordinaire épopée commence le 23 février 1429. Le jour où, à Domrémy, un petit village situé aux confins de la Lorraine et de la Champagne, une jeune paysanne, Jeanne d’Arc, quitte sa famille et se rend à Chinon «pour secouer la torpeur du roi de France». Comment s’y prend-elle pour décider Charles VII et surtout ses capitaines à partir en campagne avec comme premier objectif la libération d’Orléans, assiégée depuis six mois, et comme deuxième objectif le sacre à Reims? Jeanne réussit à convaincre le roi, dont les troupes libèrent rapidement Orléans.

    Jeanne d’Arc ne cesse alors de harceler le roi et ses conseillers. «C’est à Reims, dit-elle, qu’il faut aller pour couronner le noble dauphin. Car, quand il sera couronné et sacré, la puissance de ses adversaires ira toujours en diminuant et ils ne pourront nuire ni à lui, ni au royaume.» Mais les conseillers du roi considèrent ce projet comme de la folie. «La chose paraissait téméraire et impossible, reconnaît un historien. Il fallait traverser plus de quatre-vingts lieues de pays occupés par les ennemis avec une petite armée, sans fonds pour la paie des troupes, sans vivres, sans espérance de s’en procurer qu’à la pointe de l’épée. Il fallait forcer plusieurs places considérables qui se rencontraient sur la route, dont une seule pouvait arrêter la marche pendant le reste de la campagne.»

1429-jeanne-d-arc-orleans-reims.jpg

Jeanne d' Arc devant Charles VII.
Bibliothèque nationale de France,
Manuscrits occidentaux,
Français 5054, f. 61v.


    L’expédition a finalement lieu. Elle se met en route le 29 juin. Curieusement (ou miraculeusement) les villes tombent les unes après les autres : Beaugency, Meung-sur-Loire, Auxerre. Le 4 juillet, la troupe est aux portes de Troyes, une ville qui pose un problème : c’est là qu’a été signé, par la mère du roi, le traité qui livrait la France aux Anglais.
De l’attitude des Troyens va dépendre la suite de la campagne. Si l’envie leur prend de résister, tout sera perdu pour Charles VII, pour Jeanne d’Arc et ses troupes, qui n’ont pas les moyens d’organiser un siège au milieu d’un pays hostile. Mais les habitants de Troyes, après avoir parlementé et fait semblant de résister quelques jours, ouvrent leurs portes au roi.
Châlons-sur-Marne, informé du «retournement» des Troyens, suit sans difficultés. La ville envoie même au devant de l’armée royale des émissaires chargés de négocier son ralliement. Le 14 juillet 1429, Charles VII entre dans la cité où il est acclamé.

    Reste donc Reims, le but de l’expédition. Le gros morceau. L’un des enjeux essentiels de cette guerre interminable. De son attitude dépend aussi la réussite du défi lancé par Jeanne d’Arc. Or tout n’est pas encore réglé. L’arrivée de l’armée du «roi de Bourges» en Champagne est présentée d’abord aux Rémois comme un danger par un conseil de ville plutôt pro-anglais qui ordonne de prendre toutes dispositions pour soutenir un siège et appelle les gens du «plat pays» à se retirer derrière les remparts.

    Pauvres conseillers rémois! Ils subissent alors de fortes pressions. Le roi d’Angleterre leur a écrit le 3 juillet pour les exhorter à «garder leur fidélité». Il leur promet des renforts et leur demande de soutenir son oncle le duc de Bedford. Le duc de Bourgogne les appelle aussi à résister.

    De son côté, le roi Charles VII a écrit aux Rémois les 4 et 11 juillet, leur annonçant son arrivée «pour recevoir, selon la coutume de nos prédécesseurs, notre sacre et couronnement». Il leur demande «loyauté et obéissance» pour l’accueillir.

    La ville est hésitante. On a peur des représailles des Anglais. Mais on souhaite aussi, secrètement, en être débarrassé à jamais et se rendre.

    Dans la soirée du 15 juillet 1429, la nouvelle fait le tour de la vieille cité rémoise, d’une porte à l’autre, le long du quartier de la cathédrale jusqu’aux abords de Saint-Remi : le roi de France, le vrai, Charles VII, est à quatre lieues de là, au château de Sept-Saulx, une énorme forteresse bâtie au xiie siècle et qui est la propriété de l’archevêque de Reims! Il est accompagné d’une jeune Lorraine qui semble diriger ses troupes et dont on parle déjà beaucoup dans le royaume. La terreur des Anglais et des Bourguignons : Jeanne d’Arc.

    Une délégation se rend aussitôt à Sept-Saulx et entame des pourparlers de soumission qui durent un bon moment et sont laborieux. Pendant qu’ils se déroulent, Jeanne d’Arc, dit-on, prie à l’église. Finalement, le roi signe des lettres de patente «par lesquelles il abolit les peines, amendes et confiscations prononcées à l’encontre des habitants de Reims en raison de leur désobéissance et de leur connivence avec les Bourguignons et les Anglais».

    En un mot, le roi passe l’éponge. Il pardonne généreusement aux Rémois d’avoir collaboré avec les occupants... parce qu’ils ne pouvaient faire autrement.

    Extrait de Reims 1000-1600 - Six siècles d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2007. Tous droits réservés.