Éditions Fradet

 

 


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Six siècles d'événements


Daniel Pellus


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Deux siècles d'événements

Daniel Pellus


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Un siècle d'événements

Daniel Pellus




Reims 1000-2000 :
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1792 : de nombreux rémois se portent volontaires pour défendre la patrie en danger

par Daniel Pellus

    Arrive 1792 : l’année de la guerre. La première dans la Révolution. Depuis la fuite ratée de Louis XVI, il n’est question que d’une coalition des rois de l’Europe et des émigrés français en vue d’anéantir cette Révolution. Dès le 1er janvier, un Rémois, le cordonnier Jean-Baptiste Depaquit, l’un des plus fervents adhérents de la société des Amis de la Constitution, réclame la guerre contre l’Autriche. Il fait envoyer le 15 avril une pétition à l’Assemblée législative... et il est le premier surpris en apprenant cinq jours plus tard que la guerre est déclarée.

    Les troupes austro-prussiennes envahissent la Lorraine et entrent bientôt en Champagne. Le département de la Marne va être pris dans le tourbillon de ce conflit et devient le lieu de rassemblement des volontaires de tout le pays pour la défense de «la patrie en danger». A Reims, la nouvelle de la déchéance de Louis XVI provoque des manifestations. Des tambours parcourent les quartiers où l’on allume des feux de joie. Le 14 août, quelques excités escaladent la façade de l’hôtel de ville et détruisent à coups de marteau la statue équestre de Louis XIII. Le lendemain, la statue de Louis XV est démolie place Royale. On ne possède de cet événement que le récit d’un témoin, le docteur Louis-Jérôme Raussin : «Le 15 août 1792, à deux heures de l’après-midi, on a précipité ce rare monument. On a garni tout le monument du côté de l’hôtel des Fermes [l’actuelle sous-préfecture] d’un grand nombre de fagots qui s’élevaient à hauteur du piédestal. On a placé un gros rouleau autour de la statue, un ouvrier est monté, avec une échelle, au dos de la statue, a passé une corde autour du col. Alors un nombre d’hommes se sont mis à tirer la corde d’assez loin, et la statue a fait la culbute, en présence de Couplet, dit Beaucourt, procureur de la commune». Les débris de la statue de Louis XV sont expédiés à la fonderie  pour en faire des canons.

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Fernand Lematte. Départ des volontaires de Reims.
© Musée des Beaux-Arts de la Ville de Reims /
C. Devleeschauwer.


    Le maire, Nicolas Hurtault-Pinchart, reçoit une copie du manifeste signé par le général prussien Brunswick menaçant Paris, en cas de résistance, d’une «exécution militaire et d’une subversion totale», et les coupables d’attentats «des supplices qu’ils auront mérités». Le manifeste déclare aussi que les habitants des villes et villages «qui oseraient se défendre contre les troupes impériales et royales, et tirer sur elles, soit en rase campagne, soit par les fenêtres, portes et ouvertures de leurs maisons seront punis sur le champ, suivant la rigueur des droits de la guerre, et leurs maisons démolies ou brûlées». Le texte adressé au maire est accompagné d’une note manuscrite : «Lis, coquin, et pends-toi, si tu n’aimes mieux être écartelé avant un mois».
Nicolas Hurtault-Pinchart a déjà reçu d’un ancien ami, aujourd’hui émigré, une lettre le mettant en garde et disant notamment : «Vous êtes à la tête d’une ville désignée comme la plus ardente dans la Révolution. Le moment des vengeances approche... De partout nous allons fondre sur la France, et rien ne pourra contenir la fureur de la noblesse». Et «l’ami» ajoute : «Voilà, Monsieur, l’avis et les conseils que vous donne un homme qui aura un jour le malheur de vous plaindre si vous n’en profitez pas...»

    Ces menaces ont pour résultat de provoquer un extraordinaire afflux de volontaires qui s’engagent pour renforcer le premier bataillon de la Marne qui tient garnison à Givet. Quatre autres bataillons marnais vont participer à la bataille de Valmy, ainsi que des centaines de gardes nationaux placés sous les ordres du Rémois Charles-François Desbureaux, qui sera nommé général en 1793. Parmi ces nombreux volontaires figure le fils d’un charpentier rémois, Jean-Baptiste Drouet, qui fera une brillante carrière  militaire sous la République et l’Empire, et finira maréchal et comte d’Erlon.

    ... Le 20 mars 1792, c’est le miracle de la bataille de Valmy. Les troupes prussiennes et autrichiennes s’en vont et repassent la frontière. Le lendemain, la République est proclamée. A Reims, on respire. La ville a échappé, pour cette fois, à l’invasion et au pillage. Des fêtes sont organisées dans toutes les villes. Celle de Reims, le 23 octobre, est grandiose, avec un défilé auquel participent des bataillons et troupes de lignes, des gardes nationaux, des cavaliers, des musiques, les autorités administratives et judiciaires. Le clou du défilé est un char attelé de huit chevaux représentant la Liberté. Voici la description qu’en donnent les placards affichés sur les murs de la ville : «La représentation de la Liberté sera une vierge de la plus haute stature en pierre, portant de la main droite une pique surmontée d’un bonnet, et de la main gauche un bouclier où sera écrit “LA LOI”. Elle aura un casque en tête délacé de rubans nationaux et autres ornements analogues».

    Pendant le défilé, les musiques jouent, et la foule chante des chants patriotiques dont, pour la première fois à Reims, la Marseillaise. La statue est posée sur le piédestal de l’ancienne statue de Louis XV, et la place Royale est débaptisée pour devenir place de la Liberté.

    Quelques jours plus tard, le 29 octobre, trois députés de la Convention sont  à Reims : le Châlonnais Pierre-Louis Prieur, le marquis de Sillery, et Jean-Louis Carra, le rédacteur des Annales patriotiques. Ils sont reçus par le maire Nicolas Hurtault-Pinchart et assistent à une cérémonie historique : le premier mariage civil, célébré selon la loi récente laïcisant l’état civil qui est retiré aux curés. Les deux jeunes mariés sont des ouvriers du textile habitant le quartier de Saint-Remi : Pierre Tourte et Catherine Lefèvre.

    Extrait de Reims 1600-1800 - Deux siècles d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2005. Tous droits réservés.