Éditions Fradet

 


Reims 1800-1900
Un siècle d'événements

Daniel Pellus


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1814 : cent cinquante cosaques s'emparent de Reims

par Daniel Pellus    

    En janvier 1814, l’ambiance n’est pas à la joie à Reims. Les nouvelles alarmantes se succèdent, confirmant l’arrivée des ennemis de Napoléon : Bernadotte se trouve autour de Liège et de Namur avec 100000 Suédois et Allemands, le général Winzingerode se dirige avec 40000 Russes vers la vallée de l’Oise, Blücher avance vers la Marne avec 100000 Prussiens, et Schwarzenberg se dirige vers Langres avec 150000 Autrichiens. Comme toujours à l’approche d’une invasion venant de l’Est, Reims se sent directement menacée.

    L’afflux de prisonniers venant d’Allemagne et surtout de  blessés français augmente l’anxiété de la population, qui comprend que la guerre se rapproche inexorablement. La ville dispose de trois hôpitaux importants : l’Hôtel-Dieu avec 250 lits, l’hospice général surtout réservé aux pauvres, aux vieillards et aux orphelins, et l’hôpital Saint-Marcoul. Leur capacité devenant insuffisante, on décide d’établir un hôpital dans l’église Saint-Remi. Quatre cents lits sont alignés dans les travées latérales, sur une sorte de plancher destiné à isoler du sol les lits des malades. Le maire, M. Ponsardin, lance un appel : «Plus de trois cents de nos frères d’armes blessés ou malades sont arrivés dans nos murs, et nous en attendons encore un nombre qui n’est pas déterminé. Ces malheureux sont sans chemise et n’ont pas de linge pour leurs pansements... Laisserons-nous sans secours nos amis, nos frères, nos enfants, enfin nos défenseurs?... Vous êtes donc invités à déposer, au bureau de l’hospice, des chemises, du vieux linge et de la charpie pour que les pansements puissent avoir lieu.» De son côté, le préfet de la Marne invite les anciens soldats de la garde impériale à reprendre du service et les jeunes sans emploi à s’engager dans l’armée.

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Les Cosaques en Champagne.
Gravure satirique anonyme.
Bibliothèque municipale de Reims.



    Le 4 février, le maire, M. Ponsardin, sous le prétexte d’une légère maladie, quitte Reims pour aller avec sa famille se réfugier au Mans. Il est imité par l’adjoint Félix Boisseau. Ce double départ provoque un début de panique. Les familles ardennaises et meusiennes fuyant l’envahisseur qui étaient venues chercher à Reims protection derrière les vieux remparts, s’empressent de quitter la ville pour se diriger vers Soissons. Ils sont suivis par de nombreux Rémois qui prennent eux aussi la fuite vers l’ouest.

    La ville est-elle en mesure de s’opposer à l’ennemi? Le Moniteur en est persuadé, qui écrivait le 26 janvier : «Le passage des troupes dans notre ville est continuel depuis plusieurs jours. Toutes nos autorités rivalisent pour se mettre en mesure contre l’ennemi s’il osait toutefois se présenter.»

    Mais les Rémois, eux, doutent de leur capacité de résistance. Les vieux remparts qui entourent la ville datent  du XIIIe siècle, les 44 tours et tourelles sont pour la plupart dans un triste état de délabrement, et les portes ne paraissent pas assez solides pour résister à un assaut ennemi. Quant aux combattants capables de défendre la ville contre une invasion, ils sont peu nombreux. Le général Rigau, commandant de la place, vient de quitter Reims avec les dernières troupes régulières. Il a confié le commandement provisoire à un certain Miteau, un homme qui n’a jamais servi dans l’armée et n’a aucune expérience militaire. Il se contente de répartir les quelques centaines de gardes nationaux aux différentes portes de la ville.

    Le 6 février, l’attention se porte vers la porte Dieu-Lumière, où l’on s’attend à voir arriver, venant de Châlons, la cavalerie prussienne du général Yorck. A cinq heures de l’après-midi, toujours pas de Prussiens à l’horizon. Mais le bruit court que c’est à la porte Mars, au nord de la ville, qu’arrivent des ennemis, et que ces ennemis sont des cosaques! Il ne s’agit pas de la porte romaine, encore enfouie sous les remparts, mais d’une porte construite en 1624, qui sera détruite en 1854.

    La suite des événements est incroyable. Devant la porte Mars sont massés environ 150 hommes «sales, mal vêtus, à grande barbe», que l’on prend d’abord pour des déserteurs. On se demande que faire. Tirer à coups de fusil sur ces intrus? Un officier russe se présente alors et annonce que son escadron est suivi par 2000 cavaliers du général Winzingerode et qu’il vient prendre possession de la ville «au nom de l’empereur de Russie». Le chef de la garde nationale et Florent Andrieux, qui fait fonction de maire après le départ de Ponsardin, convoquent le conseil municipal.

    Les avis sont partagés. Finalement, Andrieux exprime son souci de «ne pas exposer la ville aux horreurs d’un siège qui, dans une cité comme Reims, mal défendue par ses remparts et dépourvue de garnison, n’aurait pas tenu 24 heures», et décide de capituler. Il fait ouvrir la porte Mars aux cosaques qui viennent bivouaquer sur la place de l’hôtel de ville.

    Le lendemain, de nombreux Rémois se rendent près de la mairie, pour voir ces fameux cosaques, qui sont restés groupés et ont attaché leurs chevaux aux volets des fenêtres de la place. Ils sont frappés par le dénuement de ces hommes.

    Au bout de deux jours, les Russes de Winzingerode n’arrivant pas, Florent Andrieux se rend compte qu’il a été dupé par les cosaques. La population commence à réagir. «Il faut faire prisonniers cette poignée d’hommes qui se sont emparés de notre ville», disent les uns. «Ou plutôt les massacrer purement et simplement, affirment d’autres. Nous avons assez d’ouvriers, d’anciens soldats et d’hommes courageux pour éliminer ces étrangers et sortir notre ville de cette situation ridicule.» Les autorités rémoises, pour éviter tout incident, décident de débarrasser la place de l’hôtel de ville et confient aux cosaques le soin de garder les portes de la cité, concurremment avec la garde nationale!

    Nourris et logés dans les corps de garde, nos cosaques trouvent la vie belle. Ils commencent même à s’ennuyer. Leur chef, le major Schelling, grand amateur de théâtre, demande alors au directeur du théâtre, M. Defoyet, d’organiser quelques spectacles pour ses hommes. Ceux-ci peuvent applaudir notamment Le Calife de Bagdad, une pièce à la mode à cette époque.

    La réputation de Reims va souffrir de cette lamentable occupation-bidon. Le Moniteur, comparant l’attitude de Reims à celle de villes qui ont résisté à l’ennemi, écrit le 22 février : «Elles n’ont pas fait comme Reims qui a eu la faiblesse d’ouvrir ses portes à 150 cosaques et qui, pendant huit jours, les a complimentés et bien traités.» Trente ans après, le Journal de Reims rappellera que «Rethel a fait différemment devant un parti de cosaques. Il est à regretter que Reims, beaucoup plus considérable, se soit rendue à une poignée d’hommes, car on pourra par la suite nous croire lâches, tandis que la colère du peuple aurait facilement prouvé le contraire aux plus incrédules.»

    Le plus dur dans ses reproches sera Napoléon, lorsqu’il reprendra Reims le 8 mars 1814. Il interpellera avec rudesse Andrieux : «Ah! ah! Monsieur le maire de Reims, je suis bien aise de vous voir. J’en apprends de belles sur votre compte. Il paraît que l’on s’amuse à Reims. On danse, on joue la comédie pendant que l’ennemi occupe votre ville!»

    Extrait de Reims 1800-1900 - Un siècle d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2003. Tous droits réservés.


Dans la même série et du même auteur :

Reims 1000-1600 - Six siècles d’événements (2007)

Reims 1600-1800 - Deux siècles d’événements (2005)

Reims 1900-2000 - Un siècle d’événements (2001)


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Les éditions Fradet proposent maintenant un coffret "Reims 1000-2000 - Dix siècles d'événements" réunissant les 4 volumes de Daniel Pellus consacrés à Reims (Reims 1000-1600, Reims 1600-1800, Reims 1800-1900 et Reims 1900-2000), soit au total 433 événements ayant marqué l'histoire de la ville au cours du deuxième millénaire et 1110 illustrations d'époque (enluminures, gravures, dessins, huiles sur toile, aquarelles, photographies).





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