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Daniel Pellus
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Reims 1000-2000 :
dix siècles d'événements
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1844
: mort du maréchal Drouet, comte d'Erlon
par
Daniel Pellus
Le 24 janvier 1844, un célèbre enfant de Reims meurt à Paris, dans son
petit appartement de la rue Thiboux, à l’âge de 79 ans. Un décès
discret, modeste. Il s’agit de Jean-Baptiste Drouet, comte d’Erlon,
maréchal de France. La veille de sa mort, il a exprimé à son médecin
son désir de reposer à Reims, la ville où il est né, le 29 juillet
1765, dans la paroisse Saint-Hilaire.
La nouvelle de ce décès bouleverse les Rémois, qui n’ont pas oublié les
gloires militaires de la République et de l’Empire, et notamment le
prodigieux destin de cet enfant de la cité. Fils d’un charpentier,
lui-même ouvrier serrurier, Jean-Baptiste Drouet s’engagea en 1792,
lors de la première guerre de la République. Volontaire, il aurait
signé son engagement sur un tambour, sur la place même qui devait plus
tard porter son nom. Il servit dans les armées de la Révolution, puis
dans celles de l’Empire. Il a conquis tous ses grades sur les champs de
bataille, à Zurich, à Austerlitz, à Eylau. Il fit capituler Dantzig,
commanda en Allemagne, au Portugal et en Espagne. Il était général à la
fin de l’Empire.

Funérailles du
comte Drouet d’Erlon.
Bibliothèque municipale de Reims.
Après Waterloo, condamné à mort par contumace sous
la Restauration, Jean-Baptiste Drouet fut contraint à l’exil. Mais il
fut gracié par Charles X lors de son sacre en 1825. Revenu en France,
il obtint sa réintégration dans l’armée. Il fut nommé gouverneur
général de l’Algérie en 1834. En 1843, un an avant sa mort, il fut fait
maréchal de France par Louis-Philippe.
Le corps de Drouet d’Erlon n’est transporté à Reims que deux mois plus
tard. La ville lui fait alors de grandioses obsèques.
La cathédrale, archipleine, est décorée d’environ
4000 mètres carrés de tentures. Un peintre parisien, Victor Darjou,
fait de la cérémonie un tableau qui figurera au Salon de 1845 avant
d’être exposé à l’hôtel de ville, où il sera malheureusement détruit
lors de l’incendie de 1917. Puis Drouet d’Erlon est inhumé au cimetière
de la porte Mars, aujourd’hui cimetière du Nord. Son monument imposant,
surmonté de son buste, se dresse au carrefour des allées, entre huit
lourdes bornes noires.
Les Rémois ne s’en tiennent pas là. En 1849, ils
inaugurent la statue colossale du maréchal, œuvre du sculpteur Louis
Rochet, sur le terre-plein central de la place de la Couture. Un
libraire rémois, Brissart-Binet, a édité une série de médailles
relatant cet événement. L’une d’elles présente l’échafaudage avec
treuil qu’on utilisa pour élever la statue et la placer sur son socle
de pierre. Une autre donne une idée de la cérémonie d’inauguration. On
y voit une partie de la place à l’entrée de la rue de Châtivesle, la
tribune officielle encadrée par un cordon de soldats, et les
spectateurs.
Le conseil municipal avait invité le prince
Louis-Napoléon Bonaparte à présider l’inauguration. Ce dernier, qui se
méfiait des Rémois, refusa et la cérémonie se déroula sans lui le 28
octobre 1849. Cette glorification d’un soldat de l’Empire, fils d’un
charpentier qui avait pris une part active au mouvement
révolutionnaire, déplaisait aux partis de droite. Les royalistes et les
catholiques insultèrent la mémoire du maréchal Drouet par des pamphlets
et des poésies. Telle celle-ci, œuvre d’un prêtre protestant contre
l’inhumation de Drouet d’Erlon et l’édification de sa statue :
Ci-gît un
infidèle, un perfide à son Roi,
C’est le
traître Drouet qui eut ni foi ni loi.
En cela de
son père, il a suivi la trace
Car il fut
Jacobin de pure et forte race.
On a
prodigué l’or pour un pareil vaurien...
En réponse à ceux qui tentèrent de troubler la
cérémonie, les ouvriers, descendus des faubourgs, manifestèrent en
faveur de ce Rémois d’origine modeste qui n‘oublia jamais sa ville et
qui, même éloigné d’elle, lui garda jusqu’à se dernière heure une
fidèle et émouvante pensée. En 1850, la place de la Couture devint la
place Drouet-d’Erlon. Quant à la statue, elle sera déplacée en 1903
pour des raisons de voirie — la suppression du terre-plein central de
la place — et remontée à l’intersection des boulevards Henry-Vasnier et
Victor-Hugo, où elle se trouve encore.
Extrait
de Reims
1800-1900 - Un siècle d'événements de Daniel Pellus. © Éditions
Fradet, 2003. Tous droits réservés.
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