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1926 : le circuit de Reims-Gueux, «le plus grand du monde et le plus rapide»

par Daniel Pellus

    Reims n’a pas été seulement, au début du siècle, le berceau de l’aviation. Elle a été aussi, un peu plus tard, la capitale mondiale du sport automobile, avec un circuit que Maurice Trintignant a décrit lui-même comme «le plus grand circuit du monde et le plus rapide» : le circuit de Reims-Gueux.

    L’aventure a commencé au lendemain de la guerre de 1914-1918, lorsque plusieurs clubs organisaient déjà des courses pour «engins mécaniques», ces curieux engins que l’on appelait aussi automobiles. A Reims, il y a quelques mordus, comme Raymond Roche, personnage pittoresque et truculent, plus connu sous le nom de Toto Roche. Ils organisent une première course en 1925 sur un circuit tracé autour de Beine.

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1927. Perrot sur Salmon.

    Mais c’est en 1926 qu’un circuit plus performant est réalisé autour du village de Gueux. Il fait huit kilomètres et présente trois virages : Gueux (dans le village), la Garenne et Thillois. On y édifie des tribunes, des stands de ravitaillement et des enceintes de pesage. C’est là que se déroule le deuxième Grand Prix de la Marne. Lescot, sur Bugatti-Michelin, en est le vainqueur avec une moyenne de 114 km/h.

    L’année suivante, le circuit, qui a déjà la réputation d’être le plus rapide du monde,  attire deux grandes vedettes de l’automobile : Étancelin et Chiron. Et pendant quatre décennies tous les Grands du sport automobile vont se succéder à Reims : Wimille, Sommer, Ascari, Moss, Fangio, Hawthorn, Trintignant, Brabham, Mac Laren, Beltoise, etc., qui vont participer aux Grands Prix de la Marne, puis aux Grands Prix de l’Automobile-Club de France et aux fameuses Douze Heures de Reims. Les moyennes vont s’améliorer au fil des années pour passer des 114 km/h de Lescot en 1926 aux 219 km/h réalisés en 1969 par Cevert lors des Trophées de France F2.

    Entre-temps, le circuit sera modifié en évitant le village de Gueux (au soulagement des habitants). De nouvelles tribunes, des restaurants, des pavillons (de chronométrage, de speakers, de presse...), des promenoirs, des gradins au virage de Thillois, l’un des plus spectaculaires du circuit, sont construits et un immense parc aménagé pour recevoir 15000 voitures.

    Chaque année, au mois de juillet, le circuit attire des dizaines de milliers de spectateurs venus de toute la France et du monde entier. Dans la tribune de presse, les commentaires des journalistes de la radio vont bon train, à chaque passage vrombissant sur la ligne droite. Les plus bruyants et les plus enthousiastes dans leurs commentaires sont les journalistes argentins, lorsque leur champion du monde Fangio participe à la course. Et, chaque «soir de circuit», Reims connaît, notamment sur la place d’Erlon, une ambiance extraordinaire.

    Et puis, en 1969, pour des raisons de «non mise en conformité aux règles de sécurité», les courses sont supprimées. Le circuit cesse toute activité... Beaucoup souhaiteront sa renaissance. Mais la mise aux normes pose de tels problèmes, et suppose un investissement financier si important que le projet est vite abandonné.

    Il y aura bien, de 1970 à 1972, quelques courses de motos organisées sur le circuit.     Mais depuis, selon l’expression d’un chroniqueur de cette aventure commencée en 1925, «un silence glacial plane sur le  circuit de Reims». L’heure est au souvenir. «Le circuit de Gueux, écrit un journaliste en 1983, seize ans après que le dernier moteur se fût tu sur les dernières «Douze Heures de Reims», est devenu un pathétique et pitoyable squelette de béton et de ferrailles rouillées, envahi par la végétation...»

    Extrait de Reims 1900-2000 - Un siècle d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2001. Tous droits réservés.