Éditions Dominique Fradet

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Dominique Fradet, le bonheur de l'édition artisanale.

par Valérie Alanièce, Corps 12, n° 39, 2e semestre 2000.

 

Dominique Fradet, installé à Reims, se définit comme un artisan de l'édition. En dix ans, sa production ne se compte pas encore sur les doigts des deux mains. Presque marginale. Un peu comme lui. Aussi paradoxal qu'il puisse y paraître, c'est par choix qu'il s'en tient à ce rythme.

L'édition le passionne parce qu'il aime s'essayer à être un peu visionnaire pour tenter de trouver ce qui fera vibrer les lecteurs. Mais l'édition n'est pas non plus toute sa vie. Raison majeure pour laquelle cet artisanat lui va bien. Très bien. L'artisanat est pour lui synonyme d'indépendance et de liberté.

Mais qu'on ne se méprenne pas sur l'aspect bohème de cette philosophie. Historiquement au moins, Dominique Fradet est avant tout un gestionnaire. Il fut longtemps celui des revues professionnelles ou spécialisées au sein de la Compagnie Française d'Éditions, à Paris. Jusqu'au jour où il a décidé de passer de l'autre côté du miroir.  Tourner la page pour créer la sienne : "J'ai eu envie de mettre la main à la pâte", sourit-il.

En 1977, il lance Le Journal du Vin, destiné aux professionnels : "J'avais perçu que les viticulteurs d'une région étaient curieux de savoir ce qui se passait ailleurs, les Bourguignons dans le Bordelais ou en Alsace et réciproquement."

 

Autour du champagne

 

Un peu plus tard, Dominique Fradet resserre son action autour d'un seul vignoble. En 1982, il lance Le Journal du Champagne, une édition trimestrielle. Avec un objectif précis : "Il s'agissait pour moi de traiter de la culture et du patrimoine qui se sont construits autour du champagne, des liens caractéristiques de toute la communauté du vignoble. "Un support alors peu en vogue lui paraissait significatif pour mettre en évidence ces traditions en voie d'extinction : la carte postale ancienne. Dominique Fradet avait demandé leur opinion aux maisons de champagne : "Alors qu'habituellement elles raisonnaient davantage en termes de marques, elles ont été partantes d'autant plus qu'à l'époque, en tant qu'appellation, le terme de champagne méritait d'être promu et défendu."

La collecte, puis la publication des images d'autrefois ont été au cœur de son travail : "Les commentaires de ces techniques et de ces gestes oubliés ont été confiés non pas à ceux qui les pratiquaient puisqu'ils étaient disparus, mais au moins à ceux qui les avaient vu faire."

Quand la revue s'est arrêtée, les livres qui ont succédé, dans le même esprit, avec en 1992 l'édition du Travail de la vigne et des vendanges. Ouvrage longtemps mûri, particulièrement pour le choix des illustrations, dans une recherche de conciliation parfaite entre l'esthétique et l'information, son succès fut immédiat : "Avant même qu'il ne sorte, il y avait mille huit cents souscriptions", se souvient Dominique Fradet. Grand livre à la couverture cartonnée, par son allure de vieil album de photos de famille, il a imémdiatement séduit par tout ce qu'il recelait de mémoire, de patrimoine, d'identité à protéger. Le surtitre Scènes d'autrefois portait en soi l'idée d'une suite. Un an après, paraissait le second volume, Le travail du vin. Même principe, même succès.

 

La photo comme lien

 

Toujours animé par le même souci de valorisation du patrimoine régional, il a ensuite édité La Cuisine rustique de la Champagne de Lise Bésème-Pia, puis Les Outils du champagne, et l'an dernier une monographie de Villedommange, commune viticole marnaise, par Daniel Pellus. Avec une place à part pour l'ouvrage paru en 1998, Un Siècle de vendanges en Champagne, un ouvrage qu'il a conçu et dirigé et sur lequel il aime s'attarder : "C'est une chronique du vignoble, d'année en année, au fil des saisons, depuis bientôt un siècle. Pour l'illustrer, j'ai eu envie de recourir aux regards de photographes contemporains", commente-t-il. Pour le premier quart du XXe siècle, il a eu recours au fonds de cartes postales qu'il connaissait bien. Il a été conquis par les clichés immortalisés dans les années cinquante par G. Liénhard, un photographe rémois, ainsi que par d'autres dans un fonds constitué plus tard à la demande du Ministère de l'agriculture. Pour la fin des années quatre-vingt, ce sont les images prises régulièrement à chaque vendange par Christophe Peus. S'y ajoutent celles de Juliette Trouillard pour terminer le siècle sur une note vraiment contemporaine. En écho au visuel, les commentaires sont extraits de l'authentique mémoire d'un almanach, celui du Vigneron champenois. S'il est en quête de récits sur la région, Dominique Fradet a un autre projet, tout en images : "Publier des photos, ça me passionne surtout celles de la période 1950-2000, parce qu'autour d'une photo les gens parlent et notamment les personnes âgées qui pour une fois sont sollicitées par les questions des plus jeunes. Il se crée un lien intéressant, un véritable échange. Trop souvent, les photos dans les beaux livres ne servent qu'à illustrer le texte. Moi, je recherche l'inverse : faire en sorte qu'on parle autour d'une photo."

 

Du Kurdistan jusqu'à Reims

 

Que ses livres soient commercialement des succès n'a rien changé à sa volonté d'une activité artisanale lui laissant le temps de vivre et d'abord de voyager. "Les nouvelles techniques de communication me permettent même maintenant de travailler à l'évolution d'un projet à des milliers de kilomètres de Reims", sourit-il. C'est ainsi qu'il est allé régulièrement en Turquie, curieux de mieux appréhender la culture et la langue kurdes. Il en est né un premier livre peu connu régionalement mais dont on imagine l'accueil enthousiaste qu'il reçut dans la communauté kurde en France : un recueil de contes traditionnels présentant, en vis-à-vis, le texte dans les deux langues.

S'il a d'autres projets en gestation dans cette même voie, Dominique Fradet vient de faire paraître un ouvrage purement régional : Cinquante ans de vie rémoise. "Il s'agit de la reprise des articles d'Alain Moyat parus dans L'Union à l'occasion de l'an 2000. La mise en page a été retravaillée, de nouvelles photos ont été intégrées." Un beau panorama de la petite et de la grande histoire de Reims.

 

 

Les "errances" de Dominique Fradet dans la montagne Kurde

par Jean-François SCHERPEREEL, L'Union,  23 juillet 2006.

 

"Plus que de "voyages", Dominique Fradet parle d'"errances". Car le voyageur au long cours se laisse plus volontiers emporter par le vent que par le "GPS". C'est ainsi que Dominique Fradet s'est un jour retrouvé dans la montagne Kurde, aux confins de la Turquie et de la Syrie, dans la région d'Alep, célèbre pour ses fameux "pins". Il y est retourné plusieurs fois, s'est attaché au pays autant qu'à ses habitants. Il en a tiré un livre de témoignages, le sien et celui de ceux qui l'ont accueilli."