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1911 en
Champagne

par Dominique
Fradet

 

 

 

1911 en Champagne : chronique d'une révolution - Avant-propos.

par Dominique Fradet

 

La récolte de 1908 avait été mauvaise, celle de 1909 plus que médiocre, celle de 1910 était pratiquement nulle. Nombreux étaient ceux qui en étaient réduits à hypothéquer leurs terres, ceux qui connaissaient la misère. Dans la Basse Vallée de la Marne surtout. Alors même que les ventes de champagne explosaient, que les négociants prospéraient au vu et au su de tous. Mais le pire, tandis qu’on manquait cruellement de raisins en Champagne, c'était le spectacle de tous ces vins étrangers – des vins du Midi, de la Moselle, des Charentes, etc. – qui arrivaient par wagons entiers en gare d'Épernay, de Damery, etc. Autrement dit : la fraude. Une fraude qui n'était pas nouvelle – en 1891 déjà, dans ce qui était le premier numéro de La Révolution Champenoise, le p’tit Lamarre de Damery dénonçait «l'entrée en Champagne des vins étrangers qui se faufilent, quoi qu'on en dise dans les cuvées» – mais qui était en passe d'être massive. Massive et apparemment impunie alors qu'il existait une jurisprudence – la Cour de cassation avait statué que le nom Champagne ne pouvait désigner qu'un vin récolté et fabriqué en Champagne – des lois – la loi du 1er août 1905 sur les fraudes et falsifications en matière de produits en particulier – une réglementation – le décret du 17 décembre 1908 notamment qui avait établi les limites de la Champagne viticole. Des «mesures complémentaires» enfin devaient permettre aux autorités de lutter efficacement contre la fraude.

 

On en était là en 1910. On avait une délimitation, des lois censées réprimer la fraude, mais qui ne servaient à rien, car on attendait toujours ces fameuses «mesures complémentaires». En attendant, les fraudeurs s'en donnaient à cœur joie et la colère montait dans le vignoble. «Depuis des mois, tempêtait Émile Michel-Lecacheur dans La Champagne Viticole du mois d’août, nous avons eu confiance dans les promesses qui nous ont été faites. Le peu d'entraves mis au florissant commerce des fraudeurs ne paraît pas suffire; de tous côtés on annonce une formidable entrée des vins étrangers en Champagne pour remplacer notre récolte détruite. Oui ou non appliquera-t-on les lois?»  

 

Puisant ses sources dans la presse auboise (La Tribune de l'Aube, Le Petit Troyen), marnaise (Le Réveil de la Marne, Le Courrier du Nord-Est, etc.), syndicale (La Champagne viticole notamment), nationale (L'Écho de Paris, L'Éclair, La Démocratie, Le Figaro, Le Journal, Le Matin, Le Petit Journal, etc.), les archives (Archives départementales de l'Aube, Archives départementales de la Marne) et les correspondances de l'époque, «1911 en Champagne : chronique d'une révolution» entend être une narration aussi fidèle que possible des événements qui se sont déroulés cette année-là dans la Marne et l'Aube viticoles.

 

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