1429
- Le sacre de Charles VII
1429 - Jeanne d’Arc
écrit aux Rémois


Reims 1000-2000
Dix siècles d'événements
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Lettre
de Jeanne d’Arc aux habitants de Reims du 16 mars 1430 envoyée de
Sully-sur-Loire :
«Tres
chiers et bien aimes et bien desiries a veoir,
Jehanne la pucelle ey receu vous lettres faisent mancion que vous vous
dopties davoir le sciege. Vulhes savoir que vous nares point, si je les
puis rencontrer bien bref, et si ainsi fut que je ne les recontrasse,
ne eux venissent devant vous, si vous fermes vous pourtes, car je serey
bien bref vers vous, et si eux y sont, je leur ferey chousier leurs
esperons si a aste quil ne saront par ho les prandre, et lever, cil y
est, si brief que ce sera bien tost. Autre chouse ne vous escri pour le
present, mes que vous soyez toutjours bons et loyals. Je prie a dieu
que vous ait en sa guarde. Escrit à Sulli, le XVIe jour de mars. Je
vous mandesse anquores auqunes nouvelles de quoy vous series bien
joyeux, mes je doubte que les lettres ne feussent prises en chemin et
que lon ne vit les dictes nouvelles.» Archives
municipales et communautaires de Reims.
Les lettres de
Jeanne d’Arc
par Sylvie
Nélis, conservateur des Archives municipales et
communautaires de Reims
Jeanne d’Arc fit écrire en son nom un certain nombre de lettres, dont
certaines ont disparu. Une dizaine sont connues, cinq d’entre elles
subsistent dans leur forme originale :
— Lettre au duc de
Bourgogne du 17 juillet 1429, jour du sacre de
Charles VII. Jeanne l’y incite à la paix avec la France et lui rappelle
qu’elle lui avait écrit pour qu’il assistât au sacre. Cette lettre sur
parchemin, non signée, est conservée aux Archives départementales du
Nord.
— Lettre aux
«loyaux Français habitant en la ville de Reims» du 5 août
1429. Jeanne y rappelle les trêves observées avec le duc de
Bourgogne
qu’elle respecte pour l’honneur de son prince. Non signée, cette lettre
se trouve aujourd’hui au Musée de l’histoire de France, service
rattaché aux Archives nationales.
— Lettre aux
habitants de la ville de Riom du 9 novembre 1429 envoyée
de Moulins, première des trois lettres signées «Jehanne» de la main de
la Pucelle, dans laquelle elle demande aux Riomois de lui envoyer armes
de guerre, poudre et salpêtre pour aider au siège de la
Charité-sur-Loire. Cette lettre fut découverte à l’hôtel de ville de
Riom en 1884. Elle avait été scellée d’un cachet en cire rouge, dont
seul le revers était conservé. On y vit la marque d’un doigt et le
reste d’un cheveu noir mis originairement dans la cire, selon une
coutume de l’époque. Mais en 1891, cette «relique» fut constatée
disparue. Ecrite sur papier comportant en filigrane un gantelet, la
lettre figure comme il se doit parmi les archives municipales de Riom.
— Lettre aux
«très chers et bien aimés, gens d’église, bourgeois
et autres habitants de la ville de Reims» du 16 mars 1430 envoyée de
Sully-sur-Loire. Les Rémois avaient écrit peu avant à la Pucelle
pour
lui faire part de leur inquiétude face aux troupes que réunissait,
avant l’expiration des trêves, le duc de Bourgogne. Elle leur répond
pour relever les courages et promettre sa présence dans le cas où la
ville serait assiégée. Cette lettre signée sur papier au filigrane en
forme de bœuf, a été restituée à la Ville de Reims en 1970.
— Lettre aux
habitants de Reims du 28 mars 1430 envoyée de
Sully-sur-Loire. Douze jours après la lettre précédente, Jeanne
confirme
aux Rémois la confiance du roi sachant qu’un parti bourguignon à voulu
livré la ville. Elle les rassure sur l’attitude de Charles VII à leur
égard. Cette lettre signée se trouverait encore entre les mains des
descendants de la famille d’Arc.
L’histoire des trois lettres aux Rémois mérite
quelques
éclaircissements.
Jusqu’en 1625, elles faisaient partie des archives
de la ville de
Reims. Jean Rogier, prévôt de l’échevinage en 1625, porte sur les
lettres des 16 et 28 mars 1430 (celles qui comportent une signature) la
suscription «Jehanne la Pucelle». En 1630, Charles du Lys qui se dit
descendant de l’un des frères de Jeanne, est en possession des trois
lettres. On sait que Jean Rogier en avait réalisé en 1625 une copie.
Tout pousse à penser qu’il remit lui-même les lettres originales à
Charles du Lys, sans doute dès 1625. Bien que la restitution des trois
lettres aux Rémois ait été demandée en 1895 puis en 1903 par Victor
Diancourt et Charles Arnoult, elles continuèrent d’être détenues par
les descendants de Charles du Lys.
En 1965, la vente de la lettre du 16 mars 1430 fut
annoncée. Le
ministre des Affaires culturelles intervint pour la faire retirer de la
vente. Le 17 février 1970 Jean Taittinger, maire de Reims, reçut entre
ses mains le précieux document grâce à l’aide de deux mécènes qui
déboursèrent pour cela 150 000 francs : Victor et Etienne Lanson de la
maison de champagne Lanson Père et Fils d’une part, Pierre Lévy PDG de
la Société Timwear d’autre part.
Jeanne d’Arc a bien signé les trois lettres revêtues
de son nom : les
experts se sont toujours accordés à reconnaître que la signature était
d’une même main, ce qui n’est pas le cas des textes des lettres, écrits
par des scribes différents. La signature, encore hésitante dans la
lettre aux Riomois, est très assurée dans la dernière, celle du 28 mars
1430 aux Rémois. Selon l’hypothèse de Conrad de Maleissye, longtemps
détenteur des trois lettres aux Rémois, qu’il formula en 1911, Jeanne
aurait mis à profit la période des trêves qui lui imposèrent un repos
relatif entre le 6 août et le 9 novembre 1429, pour apprendre à lire et
à écrire. Cette hypothèse est renforcée par certaines archives du
procès, où Jeanne laissa entendre qu’elle savait lire, alors qu’elle
avait déclaré à Poitiers, en mars 1429, ne savoir «ni A ni B».
Les lettres signées «Jehanne» prouvent s’il en était
besoin que Jeanne
d’Arc n’est pas un mythe. Les Français ne sauraient en douter. Ce n’est
pas le cas d’un certain nombre d’Américains, selon les commissaires de
l’exposition organisée en 2006 à la Corcoran Gallery of Art à
Washington, consacrée à l’héritage américain de Jeanne d’Arc. En
présentant des objets conservés dans des collections américaines, ils
se sont attachés à les convaincre du contraire.
Juin 2007
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