Éditions Fradet
Daniel Pellus visite le XIXe siècle rémois
Propos recueillis par Arnault Cohen, Marne Hebdo Reims.
À 80 ans, Daniel Pellus continue de fouiller le passé de Reims, à mettre en exergue la cité des sacres au fil des temps. Depuis 1962 et son petit ouvrage intitulé "Quand reims bâtissait sa cathédrale", Reims est au centre de ses préoccupations d'écrivain-historien. Passionné par sa ville, cet ancien journaliste, qui a fait toute sa carrière à L'Union, signe un nouvel ouvrage, "Reims 1800-1900 - Un siècle d'événements".
Marne Hebdo : D'où vous vient ce goût immodéré pour l'histoire, et esseentiellement celle de Reims ?
Daniel Pellus : J'ai toujours été passionné par l'histoire. Peut-être que cela me vient de mon père. Il était sculpteur. Pendant vingt ans, il a participé à la restauration de la cathédrale, endommagée pendant la Première Guerre mondiale. Il a notamment refait l'ange au clocher, sur le chevet de la cathédrale. J'étais gamain, mais je m'en souviens comme si c'était hier. Dans mon premier ouvrage, en 1962, j'ai cherché à comprendre comment, au Moyen-Age, on avait pu bâtir un monument pareil.Vos treize livres suivants sont également consacrés à l'histoire de Reims...
Je suis très attaché à ma ville. C'est d'ailleurs à reims que j'ai passé toute ma carrière de journaliste. Je suis entré en 1947 à L'Union, où je m'occupais des chiens écrasés. Et puis je suis monté en grade. Reportage, grand reportage, grandes enquêtes médicales. Dans ma carrièe de journaliste, j'ai également beaucoup écrit sur l'histoire régionale, avant de finir chef des informations générales. Mais l'histoire de Reims m'a toujours passionné.Quels pans de l'histoire rémoise en particulier ?
Ses places et ses monuments, sa Libération, la révolution de 1789, la guerre de 39/45, les grandes dames du Champagne comme les veuves Clicquot et Pommery, les grands procès scandaleux qui s'y sont déroulés depuis le Moyen-Age. Bref, je m'intéresse à des thématiques et des périodes très différentes, dont le point commun est Reims.En 2001, vous avez publié une chronologie du XXe siècle dans laquelle vous racontez les faits qui ont marqué votre ville, année après année. Ce fut un gros travail de recherche.
Cela m'a demandé deux ans de recherche. J'ai beaucoup puisé dans les collections de L'Union. C'était amusant, d'ailleurs, car j'avais couvert, comme journaliste, toute une série d'événements. Je me suis également documenté à la bibliothèque et aux archives municipales pour réaliser la seule chronologie complète de ce siècle à Reims.Remonter au XIXe siècle n'a pas dû être aisé...
Plus compliqué que pour le XXe siècle, effectivement. J'ai été aidé par l'almanach Matot-Braine qui paraissait tous les ans et dans lequel écrivaient des journalistes, des écrivains, des historiens. J'ai trouvé ce siècle passionnant.Quels événements l'ont marqué ?
Reims a vécu deux guerres, deux révolutions et tous les régimes politiques. On y a sacré le dernier roi de France, Charles X, on y a reçu les deux Napoléon et plusieurs présidents de la République. C'est aussi le siècle où Reims a connu son essor. On a d'ailleurs dû démolir les fortifications qui encerclaient la ville comme un corset depuis le Moyen-Age, dès 1840, pour lui permettre de se développer. De ce passé, il ne reste aujourd'hui que la Porte de Mars, qui était incluse dans les remparts. Quand ces murs ont sauté, Reims s'est étendue vers la rue de Laon. Les nouveaux boulevards et les quartiers sont nés. Reims a alors pu s'industrialiser. Et puis, il y a eu le creusement du canal et la polémique liée à l'arrivée du chemin de fer à Châlons et non à Reims.Et de manière plus anecdotique, que s'est-il passé durant ce siècle ?
Il y a eu le rocambolesque épisode du faux dauphin. En 1802, un jeune homme a été pris pour le fils de Louis XVI. Il en avait l'allure, la prestance et le verbe. Le bruit a couru à Châlons-sur-Marne que l'on avait arrêté une personne importante de l'ancien régime, qui s'était évadée. Hervagault, c'était son nom, s'est amusé de cette confusion et a raconté sa pseudo évasion avec beaucoup d'imagination. Il a fait quatre ans de prison pour cette usurpation. À sa libération, il est allé raconter son histoire dans des châteaux, à Châlons et à Reims. Cela a agacé. Fouchet l'a alors emprisonné près de Paris. Il est mort misérablement dans un asile. À Reims, à l'époque, on a beaucoup glosé sur cette histoire.
Reims 1800-1900 - Un siècle d'événements