Éditions Fradet
Reims




Reims 1800-1900  

Reims 1800-1900
Un siècle d'événements
Daniel Pellus


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Reims 1800-1900
 
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Reims 1000-2000
Dix siècles d'événements
Le coffret (4 volumes)


1825 : Victor Hugo découvre Esmeralda et Quasimodo

    Le 26 mai 1825, un grand fiacre de location, flanqué sur le côté d’une grande malle, s’approche de Reims. Il est occupé par quatre voyageurs, des amis : l’écrivain Charles Nodier, le peintre Alaux, dit «le Romain» parce qu’il a eu le prix de Rome, M. de Cailleux, de l’administration des Beaux-Arts, et un jeune homme de 23 ans : Victor Hugo. Ce n’est pas encore le vieillard barbu dont l’image sera reproduite à des milliers d’exemplaires, mais un garçon aux cheveux assez longs rejetés en arrière, au visage rasé faisant mieux ressortir ses lèvres minces, un nez grand et fin. Il est encore peu connu du public, mais sa première œuvre, Odes et poésies diverses, a été lue par le roi Louis XVIII. Ce qui lui vaut aujourd’hui l’honneur d’être invité au sacre de Charles X qui, selon la tradition, a lieu à Reims.

    Arrivé à Reims, Victor Hugo s’empresse d’écrire à Adèle, la jeune femme qu’il a épousée il y a trois ans, dont il est éperdument amoureux, et qu’il vient de quitter pour la première fois, le jour où leur fille Léopoldine perçait sa première dent. «Que je suis content de ma Didine, mon Adèle, écrit-il, Elle a donc une dent et une dent enfantée sans douleur! Dis lui bien en l’embrassant mille fois que son petit papa est satisfait en cette occasion et qu’il portera à sa maman de bons biscuits de Reims qui rendront son lait plus sucré.»

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Esmeralda, l’héroïne de Notre-Dame de Paris.
Dessin de Grevodon.
Bibliothèque municipale de Reims.


    Reste pour les quatre amis à trouver où se loger. Ils ne font pas partie des personnages officiels pour qui le gouvernement a fait retenir des logements chez des particuliers. Quant aux hôtels, ils sont tous complets. Ils trouvent finalement l’hospitalité dans le salon d’une actrice du théâtre de Reims, Mlle Florville. Un canapé et trois matelas sur le sol composent ce dortoir inespéré.

    Victor Hugo profite des deux journées précédant le sacre pour visiter Reims. Premier arrêt devant la cathédrale. «Elle est admirable, dit-il, comme monument d’architecture gothique. Il faudrait un an pour tout voir et tout visiter.» Il renouvellera son admiration dans les notes de Choses vues : «Cette cathédrale de Reims est belle entre toutes... La façade est une des plus magnifiques symphonies qu’ait chantée cette musique, l’architecture. On rêve longtemps devant cet oratorio. De la place, en levant la tête, on voit à une hauteur de vertige, à la base des deux clochers, une rangée de colosses, qui sont les rois de France. Cela est superbe et farouche...»

    Le sacre a lieu le 29 mai. Ce jour-là, les invités doivent être debout à trois heures du matin pour la cérémonie qui commencera à sept heures. Victor Hugo et Charles Nodier sont placés dans la galerie située à gauche de la nef. «Nous avons vu le sacre, mon Adèle, écrira-t-il le jour même à son épouse. C’est une cérémonie enivrante».

    Le jeune écrivain trouve après la cérémonie le temps de flâner en ville. Sa promenade l’amène rue Folle-Peine, dans le quartier de Saint-Remi, où il fait provision de noms et de notes qui lui serviront lorsque, cinq ans plus tard, il fera resurgir le Moyen Age dans Notre-Dame de Paris. C’est dans cette rue Folle-Peine que Victor Hugo aperçoit, dansant dans une cour, une jeune gitane qui lui inspirera le personnage d’Esmeralda. Le même jour, en visitant la basilique, il croise le sonneur de Saint-Remi, Albert-Henri Nicart, un homme d’une trentaine d’années, bossu, petit. Il lui inspirera, lui, le personnage de Quasimodo.

    Puis Victor Hugo quitte Reims, «où la vie est hors de prix, dit-il. Hier, à nous quatre, nous avons mangé 81 francs en déjeuner et dîner. Une omelette coûte 15 francs, un plat de pois 13 francs, etc. Cinq petits pains 42 sous.» Avant son départ, il rencontre Chateaubriand, qui est pair de France et était invité au sacre comme commandeur de l’ordre de Saint-Esprit.

    L’écrivain reviendra à plusieurs reprises à Reims. En 1838, il envoie un dessin de la cathédrale à sa fille Léopoldine — qui mourra dans un accident en 1843. Il         passera rapidement à Reims en 1840, et y reviendra en 1871. «Aujourd’hui, écrira-t-il, je reviens vieux dans cette ville qui m’a vu jeune, et au lieu du carrosse du roi de France, j’y vois la guérite blanche et noir d’un soldat prussien...»


    Extrait de Reims 1800-1900 - Un siècle d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2003. Tous droits réservés.