Éditions Fradet


 


Reims 1000-1600
Six siècles d'événements


Daniel Pellus


Reims 1600-1800
Deux siècles d'événements

Daniel Pellus


Reims 1800-1900
Un siècle d'événements

Daniel Pellus


Reims 1900-2000
Un siècle d'événements

Daniel Pellus





Reims 1000-2000 :
dix siècles d'événements

 

1210 : la cathédrale de Reims
détruite par un incendie

par Daniel Pellus

    C’était le 6 mai 1210. La population de Reims va passer une nuit blanche. Un incendie fantastique, comme il s’en déclare de temps à autre au Moyen Age, ravage le centre de la ville. Des flammes gigantesques s’élèvent de la cathédrale et éclairent comme en plein jour la place du Parvis. Le feu s’est communiqué rapidement aux maisons environnantes qui, construites en matériaux peu résistants où le bois entre pour une large part, offrent aux flammes une proie facile.

    Les habitants du quartier menacé s’enfuient, emportant sur leur dos ce qu’ils peuvent. Dans le reste de la ville, c’est la panique. Dans les rues étroites, la foule grouille. Les femmes et les enfants qui fuient le sinistre se heurtent aux curieux qui se sont levés pour assister au spectacle : le feu. Un fléau contre lequel, à cette époque, on peut difficilement lutter et dont on peut mal arrêter les ravages.

    Toute la nuit, l’incendie fait rage. La cathédrale, vieille de quatre siècles, s’effondre dans un enfer de flammes. Les lueurs rougeoyantes de l’incendie éclairent les clochers de Saint-Remi, de Saint-Timothée, de Saint-Pierre-le-Vieil, de l’église Saint-Étienne qui se détachent sur le ciel étoilé de mai. Elles dansent sur les pierres grises des remparts qui entourent la ville, et sur lesquels se pressent des groupes de badauds. Le lendemain, la ville est en deuil. Il ne reste qu’un amas de ruines fumantes de la cathédrale qui faisait la fierté de Reims. «Elle périt par le feu, raconte un historien, sans qu’il en soit resté aucune marque d’antiquité. Elle n’estoit montée que de bois en manière de lambris. Le feu, s’estant glissé jusque dans le chœur, réduisit en cendres les saintes reliques, les ornements et les chartres. Cette perte n’a pu être réparée. Elle a osté à l’histoire les lumières qu’on aurait pu tirer du cartulaire d’une église aussi considérable.»

    De cette cathédrale on ne sait plus grand’chose à l’heure actuelle, sinon qu’elle était en grande partie de style roman, qu’elle était presque aussi grande que la cathédrale actuelle, qu’elle comportait un chœur avec déambulatoire et chapelles rayonnantes. Flanquée de tours, de tourelles et de créneaux, elle ressemblait extérieurement, paraît-il, plus à une forteresse qu’à une église. Flodoart en a loué «les voûtes et les murailles décorées de peintures et de dorures éclatantes, les pavés de marbre et de mosaïques, les verrières de couleurs, les tapisseries et les riches vases en or et en argent dont les fines sculptures relevaient le prix».

    La cathédrale qui venait de disparaître en une nuit était la deuxième que Reims avait construite. Son édification avait été entreprise vers l’an 820 par l’archevêque Ebbon, avec l’appui de l’empereur Louis le Pieux ou le Débonnaire. Ce dernier, mis au courant du projet, avait donné l’autorisation de se servir des matériaux des anciennes murailles de la ville, et il mit à la disposition des Rémois un de ses serfs, un nommé Rumald, «habile dans l’art de l’architecture». Rumald, dont on sait peu de choses, s’est, paraît-il, révélé excellent architecte.

    Après le départ d’Ebbon, l’archevêque Hincmar fit terminer l’édifice. C’est lui qui fit couvrir l’édifice d’une toiture de plomb, la fit paver en marbre, garnit les fenêtres de vitraux et les voûtes de peintures. La dédicace de la cathédrale fut célébrée en 862 en présence du roi Charles le Chauve et de tous les évêques de la province.

    Jusqu’à sa destruction en 1210, la cathédrale subit de nombreuses transformations, dont l’archevêque Adalbéron (en 976) et l’archevêque Samson (en 1152) furent les principaux artisans. Tous les autres archevêques se sont eux aussi ingéniés à enrichir la basilique. Gerbert notamment, avant de devenir pape sous le nom de Sylvestre II, la dota d’orgues hydrauliques «dans lesquels la vapeur n’était pas destinée à faire mouvoir le mécanisme, mais bien à remplacer le vent dans le sommier et à faire parler les tuyaux».
De toutes ces richesses, il ne reste plus rien que le souvenir des grands événements qui se sont déroulés en quatre siècles dans la cathédrale. C’est sous ses voûtes qu’ont été sacrés les derniers rois carolingiens : Charles le Simple, Lothaire, Louis d’Outremer et, avec eux : Hugues Capet,  Robert, Henri Ier, Philippe Ier, Louis VII et Philippe Auguste qui règne en 1210. Plusieurs papes sont venus y présider de retentissants conciles.

    Cette église, que les historiens appellent la cathédrale d’Ebbon, du nom de celui qui en entreprit la construction, ou la cathédrale d’Hincmar, du nom de celui qui l’acheva, avait succédé à une cathédrale construite en l’an 400 par l’archevêque Nicaise et qui était de dimensions moins grandes. Le seuil de l’église se trouvait à hauteur de la chaire actuelle. Malheureusement, l’histoire ne nous a laissé aucun document sur l’architecture et l’ornementation de cette première cathédrale rémoise que dix-neuf archevêques enrichirent de leurs dons.
Par contre, elle nous a transmis les faits dont elle fut le théâtre. Le plus tragique fut la mort de son fondateur, l’évêque Nicaise, qui fut décapité en 407 par les vandales sur le seuil même de sa cathédrale. Les Rémois du Moyen Age conservaient le souvenir de ce terrible événement. Ils venaient prier devant la «rouelle de saint Nicaise», une sorte d’édicule de forme circulaire placé dans la nef à l’emplacement précis du martyre. Il abritait la pierre tachée du sang de l’évêque décapité.

    Cette première cathédrale connut d’autres événements mémorables. L’un des plus considérables de notre histoire nationale fut en 496 le baptême de Clovis par l’évêque Remi.

    Extrait de Reims 1000-1600 - Six siècles d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2007. Tous droits réservés.