1429
: le sacre de Charles VII
par
Daniel Pellus
En
France le sacre d’un roi doit avoir traditionnellement lieu un
dimanche. Or l’arrivée du cortège royal et de Jeanne d’Arc à Reims se
passe un samedi. Il est donc décidé que celui de Charles VII sera
célébré dès le lendemain, le 17 juillet 1429. On ne voulait pas
attendre une semaine pour des raisons politiques et stratégiques
évidentes. Cette précipitation est surtout voulue par Jeanne d’Arc qui,
au moment où elle atteint le point culminant de ce qu’elle considère
comme sa «divine mission», craint un revirement du «faible roi» ou de
ses trop habiles conseillers.
Il
faut donc faire vite. Il ne reste qu’une nuit pour organiser une
cérémonie qui d’habitude demandait des mois de préparation, «étendre
les tapis, hisser les tentures, fixer les écussons et les bannières,
monter les estrades et placer les fauteuils». Jamais sans doute la
cathédrale ne connut une nuit aussi folle que celle du 16 au 17
juillet 1429. C’est l’aspect le plus curieux de ce sacre : il est,
après celui de Clovis, l’un des plus importants de notre histoire, mais
aussi le plus improvisé.
Par
la force des choses, on fait quelques entorses au rite du sacre royal.
Il faut notamment se passer des «ornements royaux» : l’épée et la
couronne de Charlemagne, le sceptre et la main de justice, confiées
depuis toujours aux religieux de l’abbaye royale de Saint-Denis, qui se
trouve encore dans la zone occupée par les Anglais. On les remplace par
des objets moins précieux. Il faut aussi trouver des suppléants aux six
pairs laïques et à trois des six pairs ecclésiastiques entourant le roi
pendant la cérémonie. Parmi les pairs qui brillent par leur absence ce
jour-là, il y a, bien entendu, le duc de Bourgogne, qui est remplacé
par le duc d’Alençon, et chez les ecclésiastiques Pierre Cauchon,
remplacé par l’évêque de Beauvais.
Pour
le reste, semble-t-il, le cérémonial mis au point sous Louis VIII en
1226 est respecté. Le sacre, s’il est improvisé, n’est pas bâclé. «Ce
fut un cas merveilleux, dit un chroniqueur. La cérémonie fut aussi
solennelle et aussi richement fournie que si elle avait été commandée
un an auparavant.»
Tandis
que les assistants privilégiés, Jeanne d’Arc en tête, occupent déjà
leurs places dans le chœur, un cortège accompagne le roi du
palais voisin jusqu’à l’autel. Peu après une autre procession
solennelle apporte la Sainte Ampoule, cette huile miraculeuse conservée
en l’abbaye de Saint-Remi et qui, si l’on en croit la légende, fut
apportée par un ange lors du baptême de Clovis. Elle sert pour
l’onction royale, pratiquée avec une aiguille d’or sur la tête, la
poitrine et les paumes des mains du nouveau souverain. L’onction
constitue, avec l’intronisation, le moment essentiel de la cérémonie du
sacre. Une cérémonie compliquée qui dure cinq heures et dont les
textes, lus ou chantés, rempliraient un volume.
Couronnement de Charles VII par
l' archevêque
de Reims. 17 juillet 1429. BnF.
Commencée à 9
heures, sous la présidence de l’archevêque Renaud de Chartres, elle se
termine à 2 heures de l’après-midi.
Le caractère exceptionnel du sacre de Charles VII tient surtout à la
présence insolite, à côté de l’autel, d’une jeune fille tenant
fièrement son étendard. Un détail que, deux ans plus tard, lui
reprochera le tribunal de Rouen présidé par l’ancien Rémois Pierre
Cauchon. Un étendard près de l’autel est un sacrilège! «Il avait été à
la peine, répliquera Jeanne d’Arc, c’était bien qu’il fut à l’honneur!»
L’imagerie
populaire retiendra aussi le geste touchant de Jeanne qui, à la fin de
la cérémonie, en présence de tous les seigneurs, se jeta en pleurant
aux pieds du roi, exprimant sa joie de le voir enfin sacré et reconnu
comme «le vrai roi, celui auquel le royaume de France doit appartenir».
La
cérémonie est terminée. Le roi, entouré des seigneurs et des prélats,
apparaît sur le parvis de la cathédrale. Les cloches sonnent. La foule
se presse sur la place et dans les rues environnantes. On se bouscule
pour voir le roi et sa suite.
Charles VII se rend ensuite à la salle du Tau, où les tables sont
dressées pour le traditionnel banquet.
Extrait de Reims 1000-1600
- Six siècles d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet,
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