Éditions Fradet
 

 


Reims 1000-1600
Six siècles d'événements


Daniel Pellus


Reims 1600-1800
Deux siècles d'événements

Daniel Pellus


Reims 1800-1900
Un siècle d'événements

Daniel Pellus


Reims 1900-2000
Un siècle d'événements

Daniel Pellus





Reims 1000-2000 :
dix siècles d'événements




 


1799 : la cathédrale de Reims
a-t-elle été mise en vente ?

par Daniel Pellus

    Dans un ouvrage publié en 1910, l’écrivain Émile Bayard affirme avoir trouvé la note suivante dans un journal daté du 10 nivôse an VII (1799) : «Le ministre de l’Intérieur vient d’écrire au ministre des Finances pour l’inviter à suspendre la vente de la cathédrale de Reims : le produit de la vente serait peu considérable et la conservation du monument est précieuse, sous les rapports de l’antiquité et de l’art. Nous espérons, en conséquence, que des adjudications barbares ne porteront pas la hache sur ce beau monument, que la faux du vandalisme avait respecté, et n’ajouteront pas cette perte à toutes celles dont gémissent les amis des arts».

    D’autre part, l’écrivain Louis Paris affirmait que «trois ardents patriotes et fort habiles industriels avaient soumissionné et sollicité, moyennant quelques assignats, le privilège de démolir la cathédrale et, durant quelques jours, fut réellement mise en question l’existence du plus beau monument de la chrétienté». Et l’on trouve dans les écrits du bibliophile Henri Menu la phrase suivante : «Après la fermeture des églises, des aigrefins parlaient de la mise en vente de la cathédrale...»

    La cathédrale a-t-elle réellement été mise en vente, comme beaucoup d’édifices religieux, pendant la Révolution? La question excite la curiosité d’un membre correspondant de l’Académie nationale de Reims, Anatole Paroissien, qui se lance dans une longue et minutieuse enquête.

    Il s’adresse d’abord à Henri Jadart, conservateur de la bibliothèque de Reims, qui lui répond que M. Demaison, archiviste, a fait les recherches les plus étendues à ce sujet : «Il n’a rien trouvé, et je ne puis moi-même rien fournir à l’appui».

    Anatole Paroissien écrit alors à M. Bayard et lui demande le titre du journal dont la date seule (10 nivôse an VII) est précisée dans son livre. M. Bayard lui répond qu’il a vainement cherché dans ses papiers et ses notes. «Tout ce que je peux vous affirmer, présentement, c’est son authenticité. Croyez que lorsque ce document se retrouvera, soit sous ma main, soit dans ma mémoire, je me ferai un plaisir de vous l’adresser».
On conseille à M. Paroissien de consulter les archives de l’époque. Ce qu’il fait aussitôt aux archives départementales de la Marne et à la Bibliothèque nationale. Mais il n’obtient aucune information.

    De son côté, Henri Jadart, qui poursuit ses recherches, signale qu’en 1799 il n’y avait qu’un journal à Reims, Les Affiches de Havé. «Or, ajoute-t-il, il n’y a pas de numéro du 10 nivôse an VII. Les numéros des 29 frimaire et 11 nivôse an VII qui sont les seuls aux environs de cette date ne font aucune mention de la cathédrale».

    Quelques jours plus tard, Henri Jadart annonce «qu’il y a eu confusion avec l’église Saint-Nicaise, dont la vente fut confirmée le 4 nivôse an VII. On a pu en parler dans un journal et confondre avec la cathédrale». Confirmation de cette information est apportée peu après par les archives départementales, qui ont trouvé dans le Journal du département de la Marne du 10 nivôse an VII un article annonçant que «l’église Saint-Nicaise de Reims, où l’on admire la singularité remarquable du “Pilier branlant”, va être mise en vente, et adjugée incessamment au plus offrant et dernier enchérisseur». A-t-on, à la même époque, songé à tirer parti de la cathédrale? Il semble que non. Seule l’église Saint-Nicaise a été vendue et démolie sans laisser de traces.

    La cathédrale des sacres, dont le portail est un chef-d’œuvre de l’architecture gothique, est toujours là, pour le plaisir, conclut Anatole Parois-sien, «des générations futures des Rémois, des Français et de tous les amis des arts».

    Extrait de Reims 1600-1800 - Deux siècles d'événements de Daniel Pellus. © Éditions Fradet, 2005. Tous droits réservés.