La Grande Semaine
d’Aviation de la Champagne, 22-29 août 1909
Cartes postales et
journaux de l'époque
Un
jour Jean-Pierre Procureur fit l’acquisition d’un grand album-photo
dans lequel se trouvaient, soigneusement disposées sur les pages de
droite, classées dans l’ordre chronologique, des cartes postales ayant
trait à la Grande Semaine d’Aviation de la Champagne de 1909. À raison
de trois ou quatre par page. Des cartes réalisées tout au long de la
Semaine par la Phototypie J. Bienaimé et qui étaient vendues sur place.
C’est ainsi qu’on pouvait se procurer chaque après-midi les cartes
postales représentant les vols de la veille.
Mais
il y avait plus dans cet album. Sur les pages de gauche, en regard des
cartes, pliées consciencieusement dans de petites enveloppes, des
coupures de presse – presse régionale, nationale ou étrangère –
relataient les vols, les performances accomplies par les aviateurs et,
de façon générale, tout ce qui s’était passé le jour précédent sur le
terrain. Avec les mots de l’époque. On y parle encore de «machines
volantes», de «plus lourds que l’air», de «plus légers que l’air»,
d’«hommes-oiseaux», d’«oiseaux humains», d’«oiseaux artificiels»,
d’«oiseaux mécaniques», de «nids» pour désigner les hangars, etc.
Paulhan lui-même parle de ses «confrères ailés»... Et quel
émerveillement quand, au premier jour de la Semaine, on put voir
évoluer dans le ciel et en même temps une dizaine d’aéroplanes!
Les cartes postales réalisées à l’occasion de la Grande Semaine
d’Aviation de la Champagne ont une valeur irremplaçable. Née
tardivement, à la fin du XIXe siècle, utilisée timidement jusque
1905-1906, la carte postale explose ensuite. Elle devient «le» moyen de
communication, commode, rapide, économique par excellence. La poste est
fiable. Posté le soir, le petit rectangle à 5 centimes avec sa semeuse
verte à 5 centimes aussi – ou rouge à 10 centimes – arrive le
lendemain. Diffusées à des milliers d'exemplaires, les cartes postales
vont faire connaître l'événement partout en France et ailleurs. Les
éditeurs nationaux en ont bien conscience. Ils multiplient, tels ELD,
ND Phot, leurs éditions en ville et sur le terrain de Bétheny. Les
éditeurs locaux ne se laissent pas faire. A partir des clichés du
jour, J. Bienaimé par exemple imprime aussitôt en phototypie et
par centaines, pour la librairie Michaud, des cartes qui sont mises en
vente sur place dès le lendemain.